Que mange Le Criquet et comment limiter les invasions dans vos cultures ?

Le criquet consomme principalement des graminées, des céréales et des feuilles tendres, mais toutes les espèces ne représentent pas la même menace pour vos cultures. Identifier ce que mange le criquet présent dans votre parcelle, et surtout à quelle espèce vous avez affaire, conditionne toute la stratégie de lutte. Traiter à l’aveugle revient souvent à gaspiller du temps et de l’argent sur des insectes qui ne s’attaquent même pas aux plantes cultivées.

Régime alimentaire du criquet : comparatif selon les espèces

Tous les criquets ne mangent pas la même chose. Le criquet pèlerin, responsable des grandes invasions en Afrique et au Moyen-Orient, dévore pratiquement tout ce qui est vert : céréales, légumineuses, arbres fruitiers, plantes maraîchères. En revanche, des espèces locales comme le criquet d’Égypte, présent en France méditerranéenne, se nourrissent surtout de plantes sauvages comme l’inule visqueuse, sans menacer directement les cultures.

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Cette distinction change radicalement l’approche à adopter au jardin ou en exploitation agricole.

Espèce Régime principal Menace pour les cultures
Criquet pèlerin Céréales, légumineuses, feuilles d’arbres, plantes maraîchères Très élevée (dévore des champs entiers)
Criquet d’Égypte Plantes sauvages (inule visqueuse, végétation sèche) Faible à nulle
Sauterelles locales (France) Graminées sauvages, parfois cultures fourragères Modérée et localisée
Criquet migrateur Graminées, riz, canne à sucre, maïs Élevée en zone tropicale

Avant tout traitement, un diagnostic d’espèce est la première étape. Un criquet qui grignote des herbes folles en bord de champ ne justifie pas les mêmes mesures qu’un essaim de criquets pèlerins capable de parcourir près de 150 kilomètres par jour.

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Invasion de criquets ravageant un champ de légumes, nuage dense d'insectes au-dessus des cultures endommagées

Pourquoi les criquets prolifèrent : le rôle du climat dans les invasions

Les invasions de criquets ne surviennent pas au hasard. Elles sont étroitement liées à des conditions météorologiques précises, et le changement climatique accentue le phénomène.

Des observations récentes au Maroc montrent que l’alternance d’épisodes très humides et de fortes chaleurs accélère les cycles de reproduction. Les précipitations favorisent la végétation au sol, ce qui fournit de la nourriture aux larves et aux adultes. La chaleur qui suit raccourcit le temps de développement des oeufs dans le sol.

Ce mécanisme explique pourquoi certaines régions subissent des recrudescences acridiennes après des hivers inhabituellement pluvieux. La FAO suit la situation mondiale en continu et fournit des prévisions basées sur les données transmises par les pays touchés.

Ce que cela change pour un agriculteur ou un jardinier

En climat méditerranéen ou subtropical, surveillez les périodes qui combinent pluies abondantes puis chaleur soutenue. Ce sont les fenêtres à risque pour la ponte et l’éclosion des larves dans le sol. Un sol humide et meuble, suivi de températures élevées, crée les conditions idéales pour une explosion de population.

Lutte contre les criquets dans les cultures : méthodes concrètes

La lutte antiacridienne s’organise sur deux axes : la prévention (réduire les conditions favorables) et l’intervention directe (éliminer les insectes présents). Les deux se complètent, mais la prévention reste la plus rentable à long terme.

Prévention au jardin et en exploitation

  • Travailler le sol en fin de saison pour exposer les oeufs de criquets enfouis dans la terre. Les oeufs, regroupés en amas dans les premiers centimètres du sol, deviennent alors vulnérables au froid, au dessèchement et aux prédateurs naturels comme les oiseaux.
  • Favoriser la biodiversité locale : les oiseaux insectivores, les poules en parcours libre et certains insectes prédateurs consomment les larves de criquets avant qu’elles n’atteignent le stade adulte.
  • Associer des plantes répulsives ou non appétentes en bordure de parcelle. Les criquets ciblent d’abord les graminées tendres et les jeunes plants de céréales. Des bordures de plantes aromatiques ou de végétation dense peuvent ralentir leur progression.

Interventions directes

Quand les criquets sont déjà présents en nombre, plusieurs options existent selon l’échelle du problème :

  • Ramassage manuel des larves et des adultes au petit matin, quand les insectes sont encore engourdis par la fraîcheur. Méthode efficace pour un potager de taille modeste.
  • Pulvérisation de biopesticides à base de champignons entomopathogènes (Metarhizium acridum), utilisés à grande échelle par la FAO dans les campagnes de lutte antiacridienne en Afrique. Ces produits ciblent spécifiquement les criquets sans affecter les autres insectes.
  • Barrières physiques (filets anti-insectes sur les cultures basses) pour protéger les plants les plus vulnérables pendant les pics de présence.
  • En dernier recours, des insecticides chimiques peuvent être appliqués, mais leur usage pose des problèmes de pollution du sol et d’impact sur les pollinisateurs. Les campagnes de traitement à grande échelle, comme celles menées à Madagascar ou en Tunisie, mobilisent des moyens aériens et terrestres coordonnés par les autorités agricoles.

Agriculteur inspectant des plants dévorés par des criquets dans son champ, feuilles squelettisées par les ravageurs

Criquets, sauterelles et grillons : ne pas confondre les ravageurs

Une erreur fréquente consiste à traiter de la même façon criquets, sauterelles et grillons. Ces trois groupes d’insectes ont des régimes alimentaires et des comportements distincts.

Les grillons sont principalement omnivores et vivent au sol. Ils consomment des débris végétaux, des graines, parfois des larves d’autres insectes. Leur impact sur les cultures reste généralement faible. Les sauterelles, bien que proches des criquets, restent souvent sédentaires et causent des dégâts localisés.

Seuls les criquets grégaires forment des essaims capables de dévaster des cultures entières. Un essaim de criquets pèlerins peut compter des dizaines de millions d’individus et consommer en une journée une quantité de végétation considérable. Cette capacité à se regrouper en nuées massives distingue fondamentalement le criquet pèlerin des autres orthoptères de jardin.

Surveillance et anticipation : les outils disponibles

La FAO anime un service mondial d’information sur les criquets pèlerins (DLIS) qui analyse les données transmises par les pays touchés et publie des alertes. Pour les agriculteurs en zone à risque, consulter régulièrement les bulletins de situation acridienne permet d’anticiper les mouvements d’essaims plutôt que de réagir une fois les dégâts constatés.

À l’échelle du jardin, l’observation reste le meilleur outil. Repérer les premiers criquets au stade larvaire, avant qu’ils ne développent des ailes, offre une fenêtre d’intervention bien plus efficace que d’attendre l’arrivée d’adultes volants.

La gestion des criquets repose donc sur une chaîne simple : identifier l’espèce, surveiller les conditions climatiques favorables à la ponte, intervenir tôt sur les larves. Un traitement précoce sur des larves coûte moins cher et protège mieux qu’une réaction tardive sur un essaim constitué.

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