Cela fait plusieurs jours que j’ai trouvé que certains pieds de tomate avaient des feuilles anormalement basses. Ils étaient plus ou moins enroulés, plutôt jaunes par emplacement. Je les ai emmenés et j’ai pensé qu’ils étaient « vieux », alors ils sont devenus inutiles. Dans mon esprit, j’ai fait une coupe simple. Mais des taches brunes sont apparues sur certains pieds, en particulier avec des semis de tomate, qui ne me semblaient pas en bonne forme. De là, j’ai fait une petite recherche sur Internet pour trouver la cause de ces symptômes. Le verdict a été rendu : je souffre d’une alternariose.
Alternariose, quelle est la mauvaise chose ?
Le coupable, le voilà !
Voici le responsable, en photo.
L’alternariose de la tomate est causée par un champignon pathogène, Alternaria dauci f. solani ou Alternaria tomatophila. Il survit tout l’hiver sur les débris végétaux du jardin : feuilles, tiges, branches mortes, sous forme de mycélium, de spores (conidies), ou de chlamydospores. Autant dire qu’il attend patiemment son heure, niché entre deux brins de matière organique.
La maladie se propage par le vent, la pluie et peut aussi contaminer les graines : voilà pourquoi il vaut mieux éviter de récupérer les graines de plants infectés. L’humidité est un terrain de jeu idéal pour ce champignon, qui libère ses spores par temps sec, mais c’est la combinaison de fraîcheur (18-25°C), de rosée ou de pluies légères répétées qui accélère la germination et la pénétration des spores dans la plante. Un épisode de bruine, puis une éclaircie, et la maladie s’installe.
Photo INRA
Les symptômes
Sur les feuilles, des taches circulaires s’installent, formant comme une cible sur fond jaune. La variété Gregori Altai, par exemple, semble particulièrement vulnérable.
La maladie commence sur les feuilles âgées. De petites taches jaunes apparaissent, puis virent au brun foncé, deviennent nécrotiques, rondes, avec des contours nets, d’environ 5 mm. Progressivement, elles s’étendent et forment des cercles concentriques. Les tiges, elles, peuvent montrer des taches elliptiques grises ou brunes, parfois disposées en anneaux.
Dans mon cas, l’alternariose est restée cantonnée aux feuilles inférieures des semis de tomate.
Plusieurs variétés sont touchées dans mon potager, comme le Moskvich Div (feuilles de type “pomme de terre”) : les taches longent les nervures avec un halo jaune autour de la lésion.
Parmi les autres victimes, on compte aussi un plant Golden Delight, un plant de Noire de Crimée, deux semis de Grushovka, et un plant Lotus à feuillage de pomme de terre.
Feuille de Moskvitch Div
Feuille de Lotus
Photo INRA
Les fruits ne sont pas épargnés. Au niveau du pédoncule, des taches noires, légèrement enfoncées, de 1 à 2 cm de diamètre, se dessinent. Souvent, d’autres champignons profitent de ces portes d’entrée pour coloniser les fruits et accélérer leur décomposition.
Conditions favorables à l’alternariose
L’apparition de cette maladie, qu’on appelle aussi « brûlure précoce », peut frapper aussi bien les jeunes plants que les tomates plus âgées. Là, il faut parfois se résoudre à retirer toutes les parties atteintes pour sauver ce qui peut l’être. Les conditions météo font la différence : chaleur, humidité, atmosphère lourde, et tout s’accélère.
Il y a deux semaines, la météo ressemblait à une longue litanie de bruines, 80% d’humidité dans l’air, rien ne séchait, même les sols ou le linge. J’ai tenté un traitement à la bouillie bordelaise dès mon retour d’un rayon de soleil, mais il était déjà un peu tard.
Traitements contre l’alternariose
Privilégier la prévention
Je dois reconnaître qu’avant l’apparition des premiers symptômes, je n’avais pas vraiment misé sur la prévention. Sans expérience préalable, on se croit à l’abri. Une pulvérisation de bouillie bordelaise après le mauvais temps pour éviter le mildiou, et c’est tout. Clairement, cela n’a pas suffi.
Pour limiter les attaques de l’alternariose, plusieurs pratiques s’imposent.
Retenez ces 8 mesures de base, applicables à la plupart des maladies du potager :
- Semer uniquement avec des graines saines, issues de fruits indemnes. En cas de doute, il est possible de traiter les graines non enrobées à l’eau chaude et au fongicide.
- Respecter un espacement de 70 à 80 cm entre les plants pour limiter les contaminations.
- Désinfecter soigneusement le matériel de taille entre chaque plant.
- Contrôler la qualité sanitaire des semis avant leur mise en terre.
- Éviter de planter dans des sols hydromorphes, gorgés d’eau et asphyxiants pour la vie microbienne.
- Adopter une densité de plantation qui garantit une bonne aération. Limiter le stress, équilibrer les apports, surtout l’azote.
- Utiliser un paillage pour créer une barrière mécanique qui limite la contamination.
- Privilégier l’irrigation goutte à goutte plutôt que l’arrosage classique.
Autre réflexe : éliminer sans tarder les résidus de culture, aussi bien lors de l’entretien que juste après la récolte.
Intervenir dès les premiers signes
Repérer l’alternariose tôt permet d’agir avant que la maladie ne s’étende à tout le jardin.
Pour contrer la progression :
- Supprimer rapidement les feuilles atteintes dès leur apparition.
- Utiliser un fongicide spécifique appliqué à la dose recommandée. En culture conventionnelle, on choisira un fongicide de contact utilisé pour le mildiou.
- Après la taille, traiter la plante avec une décoction d’ail, de la bouillie bordelaise ou du soufre (attention, ne jamais pulvériser sur les fleurs, au risque de compromettre la fructification). En cas d’attaque massive sur de jeunes plants, il vaut mieux les arracher et les brûler pour limiter la propagation. Les applications sont à renouveler tous les 7 à 10 jours, et systématiquement après un orage ou une pluie intense (plus de 20 mm).
La prévention, c’est surtout de respecter scrupuleusement ces conseils, dès la plantation. Reste le facteur météo, contre lequel aucune technique ne peut rivaliser. Quand la maladie s’installe, il faut passer à l’action.
Coupe sur Grushovka
J’ai supprimé les feuilles malades, coupé net. Les semis se retrouvent “sur pattes”, le pied mis à nu à la base.
J’ai également pulvérisé une bouillie bordelaise sur mes 72 pieds de tomates.
Coupe sur Gregori Altaï
En cherchant plus d’informations, j’ai découvert que la décoction d’ail pouvait aussi limiter l’alternariose.
Ni une ni deux, j’ai préparé mon remède maison : 7 litres de décoction, appliquée dès le lendemain. Trois jours après, rebelote avec la bouillie bordelaise.
Vous avez déjà eu affaire à l’alternariose sur vos tomates ? Dites-le-moi. Les retours d’expérience nourrissent toujours la lutte collective. Parfois, il suffit d’un échange pour éviter la prochaine attaque. Qui sait, la prochaine saison pourrait bien se jouer à un détail.















